Dans le monde des guitares acoustiques, il n'y a aucune ambiguïté. Une guitare avec une caisse en érable sonnera très différemment d'une guitare en acajou, palissandre, koa, ziricote, etc... En ce qui concerne le monde de l'électrique (solid body), c'est une autre affaire et cela suscite beaucoup de discussions voire de polémiques. Si vous voulez vous faire votre propre avis, allez sur internet, on trouve autant d'analyses sérieuses voire quasi scientifiques, qu'ésotériques. Je ne parle pas des sites spécialisés qui ne diront rien de contraire à ce qui les font vivre et justifie certains prix souvent très élevés.
Personnellement, je n'ai rien remarqué qui met en évidence et sans ambiguïté que le bois agit significativement sur le son. Je crois que cela peut agir sur les vibrations, les harmoniques mais de façon très modérée. Ce qui fait vraiment la différence, c'est le son du micro et finalement toute la chaine d'amplification.
Alors pourquoi on s'obstine toujours sur les bois ? Il y a certainement un part d'histoire, de folklore, de mythe, d'aprioris et finalement d'auto-conviction. On doit se dire que si les anciens faisaient comme cela, c'est que c'était bien. De nos jours, il y a beaucoup de marketing. Plus sérieusement, la nature du bois est importante pour :
Assurer une bonne balance entre le poids du manche/tête) et ainsi avoir un jeu confortable.
Assurer une bonne tenue dans le temps. Un bois coupé correctement (sur quartier) et stable n'engendrera pas de déformation structurelle de l'instrument (ex: désaccordage).
Tout comme le bois, mon constat est que le vernis n'a aucune incidence sur le son sinon dérisoire. Se référer encore à Internet pour trouver tout et son contraire et faire votre propre avis.
J'ai lu à différentes reprises que les vernis polyuréthanes "emprisonnaient" les fréquences au contraire du vernis nitrocellulosique. L'emploi au départ du vernis nitrocellulosique dans l'industrie de la guitare dans les années 50 est certainement du à l'évolution de la chimie. Quoi qu'il en soit, si on mesure l'épaisseur du film de vernis sur le bois, on sera surpris de voir qu'on parle de quelques microns voire centièmes de millimètres. Alors, comment cela pourrait-il agir aussi significativement ?
Cependant, quand on voit l'épaisseur de vernis de certaines guitares industrielle, on est en droit de se poser des questions sur influence.
Certains guitaristes aiment à dire que si ils ont une guitare dans les mains qui vibre, alors c'est qu'elle est vraiment exceptionnelle. Admettons.
La réponse est non mais... La question est de savoir comment donner le maximum de stabilité au bois en particulier pour le manche. Un manche vrillé = frise et bien d'autres problèmes. Pour cela, il y a plusieurs moyens pour y arriver avec des résultats visuels très différents. La façon la plus évidente et rapide est d'utiliser un bois coupé sur quartier. Attention, il y a souvent du faux quartier (angle > 45°) mais on dira qu'on est dans les tolérances acceptables pour ne pas avoir de problème. Une autre solution est de réaliser un manche multiplis (sandwitch). Il suffit de prendre des bandes de bois sur dosse et les tourner de 90°.
Souvent on intercale des bandes de placage et d'autres bois. Cela donne un effet visuel très intéressant et assure une bonne stabilité au final. Également on met un placage de tête devant pour masquer les plis. La colle employée contribue fortement à la stabilité globale.
Finalement, on peut ajouter deux barres de carbone autour du trusrod au bois sur dosse ou quartier si on veut être puriste. Cela permet aussi d'éviter de trops grandes déformations à cause d'un tirant trop élevé. Ceinture et bretelles !
Un corps en une seule partie est un must si on est puriste et encore plus si au quartier mais pas vraiment requis et tout dépend de l'espèce bois. En effet il faut un tronc énorme (350 à 400mm). De plus, c'est nettement plus dispendieux qu'un corps en plusieurs parties. Un joint bien fait entre deux voire plusieurs morceaux est quasiment invisible. Pour la déformation, tout dépend de l'épaisseur, de la densité et la structure fibreuse du bois utilisé. Un corps sur dose s'imagine comme un oignon où les couches auraient tendance à s'ouvrir (effet de tuilage). En s'ouvrant, on déforme un bois qui devrait normalement rester plane. Ce n'est pas l'effet recherché ! En général, cela ne pose aucun problème d'avoir un corps en plusieurs parties si le bois a été séché correctement et assemblé dans des conditions appropriées.
Avec une table rapportée (et dépendamment de son épaisseur), la stabilité est renforcée grâce au collage.
Un manche avec une tête rapportée (scarf join) est un moyen simple pour limiter le gaspillage de bois. Cela ne s'applique pas pour les manches type Fender qui avait bien compris cela pour optimiser ses coûts et le gaspillage. On a une planche plus fine (20-25mm au lieu de 50-60mm). Pour cela on fait une coupe en sifflet (en général un angle de 12 à 14°) avec un collage soit sur la zone du manche soit dans l'épaisseur de tête. Pour cette dernière option que j'applique systématiquement, un placage avant voire également arrière masque la ligne de transition qui est peu être difficile à masquer selon le bois utilisé. Le placage selon son épaisseur amène finalement de la rigidité à la tête.
Toutefois, la zone critique est toujours la transition entre la tête et le manche. Pour cela on profile une volute qui est une surépaisseur pour renforcer la masse de bois dans la zone de fragilité. La fonction fait la forme. On aime ou pas esthétiquement.
Un bois rare n'est pas toujours synonyme de qualité mais assurément générateur de coût. On a tendance à vite faire la confusion. Il peut être rare par ses qualités esthétiques très recherchées, rare car difficile à se procurer et finalement rare à cause de ses qualités acoustiques. Ce qui compte ce sont les conditions dans lesquelles et pour lesquelles le bois est travaillé.
Nous sommes ici dans le monde de la guitare électrique solid body, alors les qualités acoustiques peu importe la qualité et le prix du bois sont secondaires pour ne pas dire accessoires (voir si-dessus). Cependant, posséder une guitare avec de beaux bois peut être très satisfaisant personnellement.
Les habitudes et aprioris ont la vie dure. Aujourd'hui il y a des grandes marques chinoises (et certainement d'autres pays) qui sont de grande qualité et qui permettent d'avoir de belles choses sans automatiquement casser la tirelire. Pas de bavures dans les moulages, chrome de qualité, assemblages précis, fonctionnement fluides... La durée dans le temps est aussi importante et rien n'indique une éventuelle dégradation. Il faut oser pour se rendre compte de cela.
De toute façon cela se change très bien en cas d'une éventuelle déception !
La torréfaction est un traitement à haute température qui donne un bois totalement sec. C'est donc un bois plus stable au départ donc moins sujet à déformation mais aussi plus léger. La couleur change également en devenant plus brunâtre. A noter que la guitare va reprendre une part d'humidité ambiante.
Ce n'est donc pas un effet de mode et cela apporte donc quelques bénéfices structurels en particulier pour les manches. En ce qui concerne les tables rapportées qu'on voit de plus en plus torréfiées, je trouve que cela nuit à la qualité naturel du bois à cause du changement de teinte qui devient plus brune. C'est pour cela que je n'en propose pas.